Trail du Viaduc des Fauvettes: une expérience corsée

photo trail viaduc des fauvettes
Sur le Parcours avec Alex

Le Trail du Viaduc des Fauvettes est ma 1ère étape de préparation à la Mascareigne 2015: le projet sportif que je partage avec Raph. L’idée en ce dimanche 12 octobre était d’appréhender un 1er trail en compétition avec un effort au-delà des 5 heures, grande 1ère pour moi. Ainsi, j’avais pour objectif de couvrir une distance de 50Km en terminant les 5 boucles de la course. Voici le récit de cette expérience.

La préparation

Voici la structure de mon entrainement: 3 séances hebdomadaires depuis la mi-juillet comprenant une sortie longue par semaine. J’ai essayé d’inclure des séances avec dénivelé en courant dans les Alpes pendant les vacances où à Montmartre, au Parc de Saint Cloud et dans la forêt de Meudon quand j’étais sur Paris. Tout c’est plutôt bien passé hormis peut-être sur la deuxième partie de septembre où j’ai un peu coincé physiquement. Dans l’ensemble, je suis satisfait de ma préparation et j’aborde la semaine précédent la course avec confiance et envie.

La semaine d’avant course

Etant un coureur assez lourd, les 10 jours avant une épreuve de fond sont cruciaux. Je dois vraiment diminuer la charge de travail pour refaire du jus tout en ne coupant pas totalement pour éviter que mes muscles ne se verrouillent. Ainsi, j’ai effectué mes deux dernières sorties le dimanche (1h10) et le mardi (45 minutes) précédents la course. J’avais aussi pour l’occasion acheté le Pack Trail de chez Overstims, et j’ai donc consommé quotidiennement 1,5 litre de Malto sur les 3 derniers jours avant le Trail. Je finissais donc cette semaine sur une impression de fraicheur physique qui laissait présager une grande forme pour le Jour J.

Le départ

On ne change pas les bonnes habitudes, le réveil est fixé 3 heures avant le départ pour la prise d’un petit déjeuner copieux mais pas trop. Je passe ensuite à la préparation des affaires pour la course en mettant notamment une tenue de rechange dans un sac à dos et quelques ravitaillements personnels en prévision de la dernière partie de l’épreuve. Je sais qu’il annonce un temps très humide et assez froid, je me dis donc que j’aurais peut-être besoin de changer de tenue et de faire le plein d’énergie. Bizarrement, je suis beaucoup moins stressé que pour mon 1er marathon, je suis simplement concentré et j’ai hâte de m’élancer sur le parcours.

Nous arrivons sur le site de la course environ 45 minutes avant le départ, le temps de récupérer les dossards et de se plonger dans l’ambiance de l’épreuve. On a très vite l’impression d’être sur une compétition d’initiés. Les concurrents ont pour la plupart des tenues resplendissantes et sophistiquées et ils ont tous l’air très en forme. L’ambiance reste cependant bonne enfant et très agréable.

Environ 10 minutes avant le départ, c’est le briefing de l’organisateur, nous devrions recevoir un peu de pluie pour le départ puis subir des averses très soutenues en deuxième partie de course, cela n’est pas pour nous simplifier la tâche. Puis, nous apprenons que le parcours a été modifié par rapport à l’édition 2013 et que cette année il est bien plus dur avec plus de 300m de dénivelé positif par tour. Je ne saute pas de joie mais je me dis que l’effort n’en sera que plus satisfaisant.

Au Départ du Trail
Départ du Trail du Viaduc des Fauvettes

La 1ère boucle : 1h12

Je vais courir les 3 premiers tours avec mon pote Alex qui est lui en train de préparer le Marathon de la Rochelle et qui m’accompagne gentiment sur cette course. Dès le départ, nous partons assez vite pour passer le 1er virage dans les 30 premiers et ainsi éviter les chutes et le trafic. Nous bifurquons sur un sentier forestier très étroit. Le chemin est sinueux et très glissant. Nous progressons rapidement au sein du peloton mais nous nous faisons doubler par des coureurs qui pour un grand nombre ne feront qu’une ou deux boucles.

Les deux premiers tiers du parcours ne sont que des successions de montées et descentes certes courtes mais très raides et qui cassent bien les pattes. Comme nous nous l’étions dits avant le départ, nous marchons dans les montées et essayons de ne pas trop attaquer dans les descentes pour en garder sous le pied. Ce premier tour doit aussi être l’occasion de prendre nos marques pour les boucles suivantes. Les trois derniers kilomètres de la boucle sont assez plats et nous sommes simplement surpris par une dernière montée très raide avec des escaliers dont les marches inégales et glissantes nous chargent les jambes. Malgré tout, j’arrive à la fin de ce premier tour avec un sentiment de fraicheur ce qui me donne confiance pour la suite. Nous nous arrêtons au buffet pour nous restaurer et remplir les gourdes avant de repartir avec le sourire et une motivation intacte.

parcours trail viaduc des fauvettes
Le parcours de cette boucle de 10km

La 2ème boucle : 1h14 soit 2h26 de course

La deuxième boucle est effectuée sur la même allure, je discute des sensations et du parcours avec Alex qui me prodigue quelques conseils avisés pour la suite de la course. Je prends aussi soin de me ravitailler toutes les ½ heures en alternant barres énergétiques et gels. Sur la fin de ce tour, j’ai tout de même un petit coup de moins bien mais rien de majeur puisque le ravitaillement est proche. Je boucle donc ce tour dans un bon état de forme et surtout sans douleur particulière. Nous croisons un autre ami David qui en a terminé avec sa course et nous échangeons rapidement sur nos impressions respectives. Nous repartons avec Alex pour le troisième tour, toujours sans la pluie ce qui est la bonne nouvelle du moment.

La 3ème boucle : 1h20 soit 3h46 de course

Très vite Alex, pour qui il s’agit de la dernière boucle, accélère et je me retrouve tout seul sur les sentiers. Je constate aussi qu’il ne reste plus beaucoup de participants. Je progresse donc seul à un bon rythme même si j’ai un peu ralenti l’allure par rapport aux deux premiers tours, je me dis qu’il faut que j’en garde sous la pédale en prévision de moments plus difficiles. Le moral est toujours bon même si je sens la fatigue poindre dans mes cuisses et mes mollets.

C’est au dernier tiers du parcours, censé être plus roulant, que je me sens moins bien, ce tronçon me semble interminable et le fait de courir seul commence aussi à me peser. J’arrive donc assez fatigué et très pâle à la fin de ce tour. Je retrouve Raph et Alex qui me donnent des encouragements et je me change rapidement pour repartir au sec. Je m’attarde un peu plus longtemps que d’habitude à la table du ravitaillement pour tenter de me refaire une santé. Au même moment, je m’aperçois que la tête de course est en train de me prendre un tour, cela ne m’aide pas à positiver. Je me remets quand même en route pour la 4ème boucle au son de la cloche qui est agitée symboliquement à chaque fois qu’un concurrent entame un nouveau tour.

ravitaillement trail viaduc des fauvettes
Ravitaillement avant la 4ème boucle

La 4ème boucle : 1h46 soit 5h31 de course

Je suis vraiment dans l’inconnu car je n’ai jamais couru aussi longtemps. Je ne sais pas trop comment mon corps va réagir mais très vite, je comprends que cela va faire mal. Mes muscles commencent à être durs et les foulées ne sont plus du tout agréables.

Moralement, cela ne va pas beaucoup mieux, je suis toujours tout seul sur le parcours et les seuls coureurs que je croise me doublent allègrement. Je commence sérieusement à penser à l’abandon en me disant qu’entre le 3ème et le 4ème kilomètre il est possible de rejoindre rapidement la zone de départ pour récupérer mes affaires. Mes jambes me font mal, mon dos aussi et je n’ai plus envie. Pour moi la décision est prise, je vais finir mon premier trail sur un échec peu glorieux après seulement 33 kilomètres. Dur, très dur… Mais à ce moment là, j’entends au loin la voix de mon ami David qui m’encourage, il est venu à ma rencontre et trottine à coté de moi. Je lui explique que je n’en peu plus et que je veux abandonner. Tout en continuant de courir, il me remonte le moral et me redonne un peu d’allant. Nous arrivons au bout de quelques minutes à un ravitaillement où sont regroupés Raph et quelques proches. Leurs encouragements me redonnent du courage et je décide de repartir. C’est dur mais je ne peux pas m’arrêter là.

Je suis donc de retour sur les sentiers avec un moral regonflé. Je n’arrive pas à reprendre mon allure de début de course mais je progresse, c’est l’essentiel. Je sors très vite l’imperméable car il commence à pleuvoir fort et j’ai un peu froid mais à cet instant cela m’est égal. Je cours, je cours, je monte, je descends et j’arrive à la fin du deuxième tronçon en étant repris par un couple de concurrents. Je me cale sur leur allure pour couvrir la partie plate du parcours à un bon train. Je les remercie vraiment car cela fait au moins deux heures que je cours seul et je suis ravi de pouvoir échanger quelques mots avec eux et de suivre leur allure. Ils sont vraiment impressionnants par l’allure à laquelle ils courent mais aussi par l’impression de fraicheur qu’ils me laissent après presque 40km de course. Pour ma part, je commence à sentir que je ne repartirai pas pour une cinquième boucle.

Après avoir été décramponné par mes deux camarades, je termine les 500 derniers mètres de cette 4ème boucle seul et sous une pluie battante. Ma décision est prise, je ne repartirai pas, il fait froid, il pleut très fort, le parcours est vraiment détrempé et je cours déjà depuis 5h30. J’annonce donc la fin de ma course à la table des chronométreurs et file aux vestiaires me réchauffer.

Pour ce qui est de mon résultat final, je boucle l’épreuve à une 55ème place.

profil trail viaduc des fauvettes
Profil accidenté de mes 40km

L’après course

Avec cet abandon au bout de 40km, l’objectif n’est pas totalement rempli. Je navigue entre un sentiment de fierté d’avoir pu courir pendant 5h30 dans des conditions pas faciles et le fait de ne pas avoir bouclé les 50km. Je pense quand même que l’expérience aura été très riche en enseignements, en voici quelques-uns :

• Le Trail c’est un effort tellement différent de la route et cela nécessite une préparation spécifique avec beaucoup de dénivelé. Je n’en ai certainement pas assez fait durant les mois qui ont précédé cette course. C’est sûr vous me reverrez au Parc de Saint Cloud et en forêt de Meudon dans les prochaines semaines.

• Il faut vraiment être en dedans sur les 2 premiers tiers de la course pour pouvoir tenir sur la fin de course. Je suis certainement parti un peu vite notamment pris au piège de l’allure des concurrents qui n’effectuaient qu’une ou deux boucles.

• Le mental est primordial, c’est avec la tête que l’on arrive à courir dans un état de fatigue avancée.

• Il va falloir que je comprenne pourquoi j’ai eu un passage à vide aussi intense après 30km de courses et que je trouve les parades pour l’atténuer lors des prochaines compétitions.

D’un point de vue physique : 48 heures après la course, je me sens vraiment très frais, j’ai des courbatures assez grosses mais je me sens en meilleur état qu’après mon marathon de 2013. Cela me donne déjà envie de reproduire ce genre d’effort ce qui est une bonne nouvelle puisque je suis inscris sur le 50Km de l’Ecotrail en mars prochain.

L’organisation

L’organisation du Trail était vraiment au top. La journée s’est déroulée de manière parfaite du retrait des dossards, aux ravitaillements très fournis et délicieux en passant par les bénévoles sur le parcours qui ont dû eux aussi braver des conditions météos exécrables sur la fin de la journée. Un grand merci à eux pour leur travail et les moments forts sympathiques qu’ils nous ont fait passer.

Découvrir le récit du premier trail de Raph

Découvrir le récit du Trail du Viaduc des Fauvettes de Bruno Poulenard

Découvrir le récit du Trail du Viaduc des Fauvettes du Coureur des Bois

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Une réflexion sur “Trail du Viaduc des Fauvettes: une expérience corsée

  1. Il ne faut pas rougir de ce que t’as fais. Tu a parcourus 40 km sur un terrain pas du tout facile qui nécessite de l’expérience, et beaucoup d’entrainement pour pouvoir l’apprécier le plus longtemps possible. Certe tu n’as pas pu aller au bout de ton engagement moral mais tu en tiré déjà de bonnes conclusion. Le départ trop rapide te coute certainement ton 5 ème tour. On n’a tous nos limites, et il faut savoir rentrer doucement dans l’effort surtout quand l’objectif c’est juste finir. Puiser mentalement 1 heure ce n’est pas comme le faire 2 heures ou plus. Tu es déjà pret pour l’Ecotrail, ce sera plus facile de par le parcours mais attention au départ. Il te reste à choper la caisse.

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