Mon compte rendu de La Mascareignes 2015 (par Raph)

Si vous lisez ces lignes c’est que Hugo et moi sommes arrivés à bout de notre challenge sportif 2015 : la course de la Mascareignes à La Réunion. Ce CR est long mais promis il finit bien… 🙂

maidoDes CR j’en ai lu beaucoup mais bizarrement lorsque j’ai commencé à m’entrainer pour La Mascareignes et que j’ai cherché à me documenter à son sujet, je n’ai pas trouvé beaucoup de retours d’expériences pour cette course. Des vidéos j’en ai trouvé à la pelle mais qu’en est-il des récits de course des coureurs de la benjamine du Grand Raid ? Alors que je viens d’achever la course la plus difficile que j’ai jamais réalisé, j’écris ce CR pour ceux qui comme moi ne pratiquent le trail que depuis quelques mois voire années et se sont donnés le pari fou de finir cette course de près de 65 km comprenant un dénivelé positif de 3700m.

Une préparation complète

Voilà près d’un an que Hugo et moi nous entrainons pour cet objectif qui vous le savez maintenant constitue notre voyage de noces. Après une année rythmée par des entrainements très réguliers avec la team Xrun mais aussi des courses de préparations : l’Ecotrail de Paris (30k), le trail de Malpassant (27k), le Trail de Faverges (48k mais non fini), le trail du Granier (43k) et le Trail du Viaduc des Fauvettes (20km) nous voici fin prêts et en forme pour La Mascareignes.
Voilà plusieurs semaines que l’angoisse monte. J’ai beau me dire que le seul fait de faire la course est déjà une chance incroyable, je ne peux m’empêcher de penser à la souffrance physique et mentale qui m’attend. Heureusement, les préparatifs de notre départ à La Réunion sollicitent mon attention. Nous arrivons une semaine avant la course à l’Hermitage-les-Bains ce qui nous permet de nous adapter au climat, et aussi de faire descendre un peu la pression. Le Grand Raid est partout : nous croisons de nombreux traileurs venus faire leur décrassage sur la plage ou recherchant dans les rayons des supermarchés la potion magique introuvable comprenez la Saint-Yore. Je fais attention à bien dormir, bien manger et surtout à protéger ma peau au maximum pour éviter les coups de soleil.
Nous partons ensuite à St Pierre pour récupérer nos dossards. Des coureurs rencontrés pendant le début du séjour nous avaient annoncé un joyeux bazar, nous n’avons donc pas été étonnés de l’attente sous un soleil de plomb sur la place de l’hôtel de ville pour retirer les dossards (et encore pour les grand raideurs c’était pire). Bizarrement, au lieu de me rassurer, cette remise des dossards m’angoisse. Je réalise alors que ça y est, nous y sommes, ce pour quoi nous nous sommes tant préparés.

Parcours de le Mascareignes 2015 (65 km / 3700 D+)
Parcours de le Mascareignes 2015 (65 km / 3700 D+)

 

Un départ à Grand Ilet et la découverte de Mafate

Après une bonne nuit de sommeil à St Denis, nous partons pour Hell-Bourg avec un joyeux Xrunneur rencontré pour l’occasion : Sébastien. Il nous loge dans sa chambre d’hôtel pour quelques heures, en attendant l’heure de se préparer. Puis nous quittons Hell-Bourg pour Grand Illet, départ de la course. De minuit à 3h du matin, j’ai le souvenir d’une attente très longue et angoissante, la fatigue arrive sans pouvoir dormir, du froid pesant et d’une odeur écœurante (Grand Ilet est connu pour sa porcherie et son abattoir miam…). Nous nous plaçons mal au départ mais je profite de l’attente pour me concentrer au maximum.
Le départ est donné ! Nous attendons presque 3 minutes pour vraiment partir à cause du monde et nous nous élançons sur trois kilomètres très roulants sur route. Dans ma tête je n’ai qu’une idée : passer la première barrière horaire. Très vite Sébastien part de son coté, ce qui lui permettra, il nous le dira plus tard, de moins être impacté du gros bouchon qui va se former au début du sentier mais surtout de finir la course en 13h30 (un grand bravo à lui!). Car en effet, Hugo et moi attendons 45 minutes dans ce bouchon. Dans la première montée de 2h30 dans la nuit, nous allons devoir subir le rythme trop lent de nombreux coureurs avant de comprendre comment doubler dans les sentiers étroits. Nous atteignons la première barrière horaire avec 25 minutes d’avance seulement. A ce stade, nous apprenons que la barrière horaire a été décalée de 15 minutes pour palier au gros bouchon formé en début de course. Nous ne savons pas encore que ces 15 minutes vont être décalées aussi pour les prochains pointages, mais ce décalage va nous sauver tout au long de notre parcours. Je me détends un peu, rassurée par la montée qui s’est très bien passée pour moi (je suis en pleine forme !) et profite de l’aube sur le cirque de Mafate. La vue est à couper le souffle ! Nous descendons d’un bon rythme cette descente déjà assez technique et nous dirigeons vers le prochain poste de ravito : Aurère. A ce moment de la course, nous nous laissons piéger par un fléau assez répandu qui consiste à écouter les conseils des bénévoles sur la durée restante avant un prochain poste : un bénévole nous annonce 15 minutes alors que nous en mettrons 45 pour atteindre Aurère. Grosse déconvenue pour moi arrivée au ravitaillement 15 minutes avant la barrière horaire car j’ai vraiment cru le bénévole et cela m’a affecté. Mais après une bonne soupe nous repartons sur les sentiers. La chaleur commence à être forte alors qu’il n’est même pas 9h du matin. Nous alternons course et marche sur un bon rythme, traversons plusieurs fois la rivière des Galets en direction du prochain ravito, que nous atteignons avec à peine 7 minutes avant la barrière horaire. Il est 10h et il fait une chaleur à crever.

En avant pour la Possession

J’avais étudié le parcours mais pour une raison que j’ignore j’avais sous-estimé la difficulté de la montée de Dos d’Ane. Tant mieux car cela m’a permis d’y aller sans angoisser. Quelle souffrance ! Une montée de 2h30 en plein soleil avec un dénivelé de près de 1000m. J’avais prévu ma musique, je me suis donc mise en mode robot, trouvant rapidement mon rythme, buvant et mangeant régulièrement et à ma grande surprise cela a parfaitement fonctionné, nous avons dépassé de nombreux concurrents dont certains tombaient (au sens propre) sur le côté du chemin dû à la fatigue et à la chaleur. Arrivée là-haut, la délivrance ! Nous croisons une gentille foule de bénévoles et d’accompagnants qui nous encouragent. Encore quelques kilomètres et nous pouvons nous arrêter au ravito (nous sommes presque à sec). A ce stade, nous avons commis l’erreur de nous arrêter uniquement pour remplir nos bidons, je vais le payer très vite. En effet, le plan de course annonçait un terrain plat avant une grande descente mais c’est mal connaitre la Réunion. Le plat était en fait une ravine en montée très raide avant de redescendre. Mon moral en a pris un coup et j’ai craqué nerveusement pendant la descente sur la Possession. Mon super mari m’a beaucoup soutenu à ce moment, trouvant les mots pour me rassurer, me calmer et même me faire rire. Arrivés à La Possession il s’est aussi occupé de notre ravitaillement pendant que j’allais voir les kinés. Et oui car si je n’ai pas eu de douleur au niveau de mes périostites, j’ai en revanche ressenti une douleur de plus en plus vive au genou droit. Arrivés à La Possession, j’apprends que c’est le syndrome de l’essuie-glace. Il ne me lâchera plus jusqu’à l’arrivée.

Le très redouté chemin des anglais

Nous repartons néanmoins vers le très redouté chemin des anglais. Écouteurs vissés aux oreilles et malgré un soleil de plomb, nous gravissons un à un les cailloux/rochers/galets/pavés de cette montée si célèbre à la Réunion. Je me concentre au maximum mais à un moment donné je sens que quelque chose cloche : Hugo me suit moins bien, il transpire beaucoup, fait des écarts de route, me répond moins et au fur à mesure devient blanc, presque transparent. Je m’inquiète,  il me dit que ça va, je m’inquiète encore plus mais je ne veux pas lui montrer. Finalement je lui intime de me suivre à la trace et je calme l’allure jusqu’à la descente sur la Grande Chaloupe. Et là d’un coup il me dit qu’il doit s’allonger. J’essaie de ne pas paniquer, il s’allonge sur les pavés dans la descente, il boit, mange et à ce moment, alors que je sais qu’il ne reste que 30 minutes avant la barrière horaire, je me dis que c’est fini, que la course s’arrêtera là pour nous. Mais Hugo m’inquiète tellement que j’essaie de trouver les mots pour le rassurer. Je lui dis alors « Ecoute, c’est pas grave, on sera allés jusque-là, c’est pas si mal ». Et là à ma grande surprise il me rétorque : « ah non! seule la barrière horaire me fera arrêter ». Deux minutes plus tard, il est debout, et en courant nous finissons la descente, moi survoltée et lui essayant de suivre le rythme jusqu’à grande Chaloupe que nous atteignons 10 minutes avant la barrière horaire.

Une fin de course sous pression

Nous prenons un peu de temps pour nous poser, le soleil décline, c’est la bonne nouvelle. Hugo mange et boit correctement, et moi je me prépare mentalement. Je ne le sais pas encore mais à partir de ce moment-là je vais vivre une sorte de transe qui va me faire oublier la douleur, les difficultés, avec pour seul objectif de finir la course dans les temps avec un Hugo en bonne condition.
Nous repartons sur la deuxième partie du chemin des anglais. Je surveille Hugo régulièrement, j’ai mal mais ma douleur ne compte pas, seul l’état d’Hugo m’inquiète car il redevient blanc. Nous sommes en pleine campagne, sans route autour de nous. Hugo a froid, il continue à transpirer, il me dit alors qu’il a peur de s’évanouir en pleine pampa et sent qu’il ne peut pas continuer. Je lui réponds qu’à la prochaine route que l’on croise, on trouvera une voiture pour nous ramener à St Denis. Aucun de nous deux ne prononce le mot « abandon » mais c’est pourtant bien de cela qu’il s’agit. C’est alors que je vois devant nous deux coureurs frais comme tout qui nous regardent. J’entame alors la discussion avec eux pour « distraire » Hugo et le faire sortir de sa spirale de pensées négatives. Et ça a marché !! Les deux coureurs font en fait l’assistance pour un couple d’amis, deux réunionnais qui connaissent très bien cette partie du parcours et qui vont trouver les mots pour rebooster Hugo. Je leur doit une fière chandelle, c’est certainement grâce à eux que nous avons terminé la course. Ils vont même jusqu’à prêter un k-way à Hugo pour qu’il soit au sec. Nous repartons vite. Très vite. Nous croisons un bénévole qui nous indique que le dernier pointage est à 45 minutes et il nous reste… 45 minutes. Nous repartons le plus vite que nous pouvons, mon genou me lance mais je ne l’écoute pas, ma frontale s’éteint mais je continue dans le noir, la dernière montée est surréaliste, dans la nuit et dans la poussière, c’est comme si plus rien ne comptait pour nous que ce dernier ravito au Colorado que nous atteignons en seulement 30 minutes, 13 minutes avant la barrière horaire.

Le Graal est pour nous : le Stade de La Redoute

Hugo prend le temps de se faire masser pour calmer ses crampes car nous savons que nous avons encore 2h pour finir la grande descente qui mène au Graal : le stade de la Redoute. Moi je n’entends rien, je ne dis rien, je suis toujours en transe. Je me ravitaille et presse Hugo de repartir. On nous a averti que la descente met bien 2h, mais je veux en finir, arriver le plus vite possible. Nous repartons et là mes jambes vont me porter de pierre en pierre avec encore assez de jugeote pour ne pas tomber dans le ravin. Je ne pense qu’à La Redoute, je vais très vite, fais le rythme pour nous deux, dépasse le maximum de concurrents, avec un besoin d’aller toujours plus vite dans la nuit, de finir cette descente affreuse faite de marches naturelles en pierre et en racines.
La descente se finit après seulement 1h20. Je réalise alors. Il reste 500m avant le stade. J’ai envie de craquer et de profiter à la fois, mais je n’arrive à faire ni l’un ni l’autre, je suis encore en transe. Je force le rythme encore et je suis tellement obnubilée par cette arrivée que je me trompe de chemin à l’entrée du stade, c’est Hugo qui me prend par la main pour finir les 50 derniers mètres : l’arrivée…

Une émotion énorme me submerge mais impossible de la faire sortir à ce moment-là. J’ai juste une sorte de sentiment du devoir accompli qui m’empêche de faire un pas de plus. La douleur physique et immense, mon genou a gonflé, j’ai froid, c’est indescriptible. Il est 21h12 et nous courront depuis 18h12…
Je n’ai craqué que deux jours plus tard une fois la pression retombée. J’ai encore du mal à réaliser ce que nous avons fait.

Stade de la Redoute

Trop tôt pour une analyse

Il est encore trop tôt pour une analyse détaillée de la course mais ce que je peux déjà dire c’est que j’ai connu une expérience de coureuse que je souhaite à tout le monde de connaitre. Moi qui ai toujours eu du mal avec le mental pendant la course, j’ai réussi à aller au-delà de la souffrance et à soutenir mon mari lorsqu’il n’allait pas bien. Je ne m’en serais jamais senti capable avant cette expérience.
J’ai une reconnaissance énorme à Hugo qui nous a programmé l’année afin que nous soyons prêts pour ce voyage et qui m’a soutenu dans toutes les courses et tous les entrainements que nous avons fait. Je remercie nos coachs Adrien et Philippe pour nous avoir aidé dans nos entrainements et nous avoir épaulé dans les moments difficiles, à Seb pour nous avoir permis d’arriver sur la course reposés et sans stress et plus généralement à tout notre groupe de trail Xrun qui est ultra chouette et qui grâce aux expériences de chacun nous a fait grandir. Enfin merci aux organisateurs du Grand Raid et aux bénévoles, une course comme celle-là vaut le détour.

Je vous laisse, je vais dormir une semaine…

Découvrez à présent le compte rendu de Hugo

11 réflexions sur “Mon compte rendu de La Mascareignes 2015 (par Raph)

  1. Ping : Courez à deux et... mariez-vous ! | BabaOrun

  2. Vu comme ça, j’aurais presque envie de proposer le mariage à ma tendre et douce 😋
    M’enfin jamais de jeunes mariés n’auront autant transpiré durant leur voyage de noce #passwagdutout 😉
    Un énorme bravo à tous les deux et tous mes vœux de bonheur les plus sincères 🤗

    1. 1runneuse

      Merci pour ton commentaire 🙂 je te confirme on était pas du tout sexy à notre arrivée mais quelle expérience ! Je la recommande à tout le monde c’est le meilleur moyen de bien connaitre sa moitié ahah !

  3. Caroline

    Bonjour,

    J’ai trouvé votre blog en cherchant des infos sur le parcours de la Mascareignes et je vous remercie énormément pour vos compte rendu détaillés. C’est très instructif.
    Moi aussi je me suis lancé ce défi fou de faire cette course… Et plus le mois d’octobre approche, plus, plus je m’inquiète et plus je pense que j’ai vu trop gros pour mon niveau. De plus, en vous lisant, je me dis que ça doit bien aider de faire ça à 2, quand l’un a le moral qui flanche, l’autre est là pour le remotiver. J’avais prévu de le faire avec ma moitié, mais lui n’a pas été tiré au sort 😦 Ça m’inquiète encore plus de faire la course seule, de m’entrainer seule.
    Il y a tant de questions que j’aimerais poser à ceux qui ont déjà réussi cette épreuve, comme par exemple, comment fait on pour courir pendant 18h sans avoir dormi ? Le départ à 3h me fait peur lui aussi, je ne suis pas vraiment du matin (comme là, je dois partir pour ma première grosse sortie de 4h, j’ai mis mon réveil à 7h mais il est 9h30 et je viens juste de finir mon petit dej… 😉 )

    En tout cas, bravo à vous deux et super idée de voyage de noces (j’avais une fois proposé en rigolant à mon homme de se marier pendant le grand raid lol)

    Et encore merci de partager votre expérience.

    1. 1runneuse

      Bonjour Caroline, Merci pour ton commentaire. C’est un beau challenge que vous vous êtes donnés ! Alors je suis d’accord ce n’est pas de chance pour ton conjoint qu’il ne puisse pas courir avec vous, mais as-tu prévu qu’il vienne t’encourager sur le parcours ? Ca pour le moral il n’y a pas mieux car dans la tête tu vas te fixer des objectifs et ça t’aidera à avancer. Pour la question des 18h de course, j’avais très peur aussi et en fait tu ne les vois pas passer car tu es trop concentrée sur ta course. De plus les barrières horaires sont plus stressantes que la course au total, tu vas fragmenter ta course en plusieurs étapes. Pour les 3 heures du matin en fait tu ne dors pas, tu fais une nuit blanche car il est vraiment dur de trouver le sommeil avant la course. Au final, tu dors mieux après :-). Moi le sommeil ne m’a pas trop gêné, c’est plutôt la chaleur et le soleil le plus dur. En tout cas à ta dispo si tu as d’autres questions, j’y répondrai aussi précisément que possible !

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